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Discours
de la delegation du Pakistan
Majesté, Serviteur des Deux Saintes Mosquées,
le Roi Abdullah Bin Abdul Aziz, Président de
la 3ème Session Extraordinaire de la
Conférence Islamique au Sommet,
M. Abdullah Badawi, Président de la 10ème
Conférence Islamique au Sommet,
Excellences,
Chers frères, Chères sœurs,
C’est grâce à la grande bénédiction d’Allah
Tout Puissant que nous, dirigeants du monde
musulman, sommes réunis ici, dans les lieux
saints de Makkah Al Moukarramah, pour
essayer de donner une impulsion nouvelle à
la Oummah.
Majesté, votre invitation adressée à vos
frères et sœurs à se réunir à la Qibla est
non seulement le signe de votre grande
sagesse et de votre hospitalité, mais
symbolise également l’esprit d’unité et
d’intégrité de la Oummah islamique. Qu’Allah,
Tout puissant, guide nos nobles efforts
collectifs en vue de l’émancipation du monde
de l’Islam.
Qu’il me soit également permis, au nom de la
nation du Pakistan, d’exprimer notre
profonde reconnaissance à tous ceux qui ont
consenti une aide et une assistance
généreuses aux victimes du tremblement de
terre au Pakistan.
Majesté,
Monsieur le Président,
Chers Frères et Chères Sœurs,
Il y a deux ans, en 2003, lors du Sommet de
l’OCI de Putrajaya, nous avons discuté des
défis lancés au monde islamique. Nous avons
estimé que la modération éclairée était la
voie à suivre. Un Comité d’éminentes
personnalités venant de dix-sept pays a été
constitué en vue de recommander une
restructuration de l’OCI, de sorte à la
transformer en une organisation dynamique et
futuriste. Ce n’est que grâce à cette
restructuration de l’OCI et à cette
restructuration seulement que nous pourrons
réaliser les objectifs de la Modération
Eclairée et les aspirations de la Oummah
islamique.
Majesté,
Monsieur le Président,
Jetons un regard sur notre passé et notre
ancienne gloire perdue. Nous avons été une
source de connaissance, de civilisation et
de modération, alors que la plupart des pays
du monde vivait encore dans les ténèbres.
Ce sont les théories philosophiques d’Al
Ghazali et d’Ibn Roshd qui ont inspiré plus
tard les philosophes de l’Occident.
C’est Ibn Sina qui a rédigé « Al Qanoon Fil
Tib », connu plus tard sous le nom de Al
Qanoon et utilisé pendant 600 ans comme
ouvrage de référence en médecine en
Occident.
C’est Al Beruni qui a rédigé une
encyclopédie des plantes médicinales.
C’est Jabir Ibn Haiyan qui a établi les
bases de la chimie moderne.
C’est Mohammad Bin Moussa Al Khawarismi qui
a fondé l’algèbre et les mathématiques
modernes.
C’est Al Zahraoui qui a inventé un nombre
considérable d’instruments chirurgicaux
utilisés aujourd’hui en médecine moderne. Il
est connu comme étant le père de la
chirurgie.
Omar Al Khayyam était non seulement un grand
poète mais aussi un grand scientifique et
parmi ses nombreuses contributions, il
convient de mentionner un calendrier
remarquablement exact.
Aujourd’hui encore, nombre de rayons de
bibliothèques en Occident sont garnis
d’ouvrages rédigés sur ces célèbres penseurs
musulmans. Ces penseurs musulmans. Ces
penseurs sont le produit des madrasas de
cette époque. Malheureusement, la plupart
des madrasas d’aujourd’hui limitent
l’enseignement religieux.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Alors que
nous représentons le 1/5 de l’humanité
couvrant 57 pays sur trois continents et
dotés de ressources naturelles abondantes et
en grande quantité, nous comptons parmi les
pays les plus pauvres. C’est ainsi que 17 de
nos 57 pays sont parmi les plus pauvres du
monde.
Nous sommes également les moins éduqués.
Notre niveau d’alphabétisation est hélas
très bas, bien que l’Islam nous exhorte à
chercher à acquérir le savoir où qu’il se
trouve.
Nous comptons aussi parmi les peuples les
plus sous-développés. Le niveau de notre
développement socio-culturel est lamentable
et navrant.
Nous demeurons enlisés dans une situation
désespérée et confrontés de tout côté à des
défis formidables : politiques, économiques
et intellectuels. Beaucoup de pays
islamiques sont happés par les conflits et
la violence. Beaucoup de sociétés musulmanes
luttent pour mettre en place des
institutions de gouvernement stables. La
plupart d’entre nous n’ont toujours pas
accès au savoir, à l’éducation, à la science
et à la technologie et le fossé s’élargit
chaque jour davantage.
Nos économies demeurent fragiles et pour la
plupart dépendantes de la production de
matières premières. Même les plus riches
parmi nos pays ne sont que des consommateurs
des fruits de la modernisation et des
découvertes d’autres pays avancés qui
tracent la direction du progrès et l’avenir
de notre monde.
Notre faiblesse et notre vulnérabilité,
aussi bien externes qu’internes, sont
évidentes. Nos divergences et nos divisions
sont exploitées à mauvais escient. Notre
échec à trouver une solution juste aux
conflits, tels que ceux de la Palestine et
du Cachemire, a engendré le désespoir, la
confusion et l’extrémisme. Notre déception
et nos frustrations ont entraîné la colère
de notre jeunesse. Des actes insensés de
terrorisme, commis par une poignée
d’individus égarés mais prétendant agir au
nom de l’Islam, ont causé beaucoup de tort à
notre noble foi fondée sur des principes de
paix, de tolérance et de compassion.
Beaucoup d’entre nous souffrent profondément
face à cette douloureuse situation.
Nous avons besoin d’une sérieuse
introspection. Nous avons besoin de chercher
au plus profond de nous-mêmes : devons-nous
continuer dans cet état d’apathie ou tâcher
de remodeler notre destin. Il est évident
qu’il s’agit de choisir entre être
marginalisé de façon permanente ou de
ré-émerger en tant que société progressiste
se dressant avec fierté dans le concert des
nations. La réponse est claire : nous devons
rompre avec cette stagnation qui dure depuis
des siècles.
La Oummah doit choisir entre deux voies :
celle de la confrontation et celle de la
conciliation. La voie de la confrontation ne
peut nous mener que vers plus de destruction
et de privation. Par conséquent, il est dans
notre intérêt, en vue d’assurer la
prospérité et le progrès de nos peuples et
pour le bien-être des générations futures,
d’adopter la voie de la conciliation. Pour
assurer cette émancipation, nous avons
besoin de développer nos connaissances et
d’acquérir un plus grand savoir pour pouvoir
aller de l’avant.
A partir de cette cité de paix et de
tolérance, je lance un appel à tous les
extrémistes vivant parmi nous pour qu’ils
entendent la voix de la raison et pour
qu’ils abandonnent la violence qui n’offre
aucune voie de salut et ne conduit que vers
plus de souffrances et de misère.
Majesté,
Monsieur le Président,
Le Sommet de Putrajaya était celui de la
réflexion, le Sommet de Makkah Al
Moukarramah doit être celui de la décision
et de l’action. Le Comité des Eminentes
Personnalités et le Forum des Oulémas et
Penseurs ont soumis leurs recommandations.
Celles-ci sont, en vérité, salutaires,
globales et orientées vers l’avenir. Je loue
les efforts déployés par les auteurs de ces
recommandations pour leur clarté et leur
vision.
Sur la base de leurs recommandations, nous
devrions tracer une stratégie visant au
renouveau et à la renaissance islamiques.
Cette stratégie devrait intégrer l’action à
entreprendre au niveau des Etats et de la
Oummah.
Les Etats islamiques ne peuvent pas
individuellement contribuer au renouveau de
la Oummah s’ils ne sont pas politiquement et
économiquement forts et stables. Au niveau
national, il est donc important que nos
gouvernements initient diverses actions.
Nous devrions veiller à assurer une bonne
gouvernance et une bonne responsabilisation
aux fins de servir au mieux les intérêts de
nos populations.
Nous devons promouvoir des politiques
macroéconomiques rationnelles qui puissent
accélérer la croissance économique,
l’allègement de la pauvreté et la création
d’emploi, grâce à des investissements
publics et privés.
Nous devons nous conformer aux enseignements
qui nous enjoignent à acquérir des
connaissances et à promouvoir le
développement humain et ce, par
l’accroissement des investissements dans
l’enseignement moderne et par l’acquisition
de connaissances scientifiques et
techniques.
Nous devrions promouvoir le respect
rigoureux des droits humains, comme nous le
recommande l’Islam, et en particulier ceux
des femmes et des enfants. Nous devons
condamner et rejeter toutes les formes de
terrorisme et d’extrémisme et bannir les
organisations qui prêchent la haine et la
violence. Nous devons également promouvoir
les valeurs islamiques de tolérance et de
modération.
Majesté,
Monsieur le Président,
Pour ce qui concerne la mise en œuvre de la
stratégie au niveau de la Oummah, je propose
d’abord l’adoption de l’ensemble des
recommandations du Comité des Eminentes
Personnalités, de la Conférence des Oulémas
et des Penseurs tenue à Makkah.
J’appuie énergiquement la recommandation du
Comité visant à restructurer le Secrétariat,
à élaborer une nouvelle charte et à lui
donner un nouveau nom. Ce n’est qu’à partir
de ce moment-là que l’OCI émergera sous un
aspect tout à fait nouveau et dans un cadre
dynamique.
Concernant la restructuration du Secrétariat,
le Secrétaire général devrait être mieux
habilité à promouvoir la mise en œuvre des
décisions du Sommet et des Conférences des
ministres. Le Secrétariat devrait créer des
départements chargés de traiter les
questions relatives à la paix et à la
sécurité, au commerce et à l’investissement
dans le cadre de la Oummah, à l’assistance
économique et technique, à la science et à
la technologie, à la pensée islamique et au
dialogue interconfessionnel. Pour la mise en
œuvre efficace de toutes ces recommandations,
il lui faudra recruter un personnel de haut
niveau au sein de la Oummah et le rétribuer
de manière compétitive.
Dans le cadre du Secrétariat restructuré,
nous devrions instituer des mécanismes de
prévention et de résolution de conflit entre
les Etats membres. L’OCI devrait aussi être
en mesure de dialoguer avec d’autres
organisations internationales et régionales
pour pouvoir jouer un rôle dynamique dans la
recherche de la paix et de l’harmonie dans
le monde. Des centres d’excellence en
matière de science et de technologie doivent
également être créés à l’intention des états
membres. Nous pourrions identifier les
domaines de spécialisation dans ce secteur
vital et mettre en commun notre expertise.
Je suggère également la création d’un forum
permanent de la pensée islamique, générateur
de lignes directrices et d’opinions. Ce
forum devrait être à composition non limitée
et regrouper les érudits éclairés des écoles
dominantes de tradition religieuse et de
celles qui ont une prise sur l’environnement
d’aujourd’hui. Nous pourrions alors
harmoniser la pensée religieuse au sein de
nos propres sociétés et donner au monde
extérieur sa véritable valeur et son essence
originelle.
La nouvelle charte ne devrait pas être
ambiguë en ce sens qu’elle ne devrait
accorder la qualité de membre à part entière
qu’aux pays à majorité musulmane.
Majesté,
Monsieur le Président,
J’affirme clairement que cette grande
vision, qui est notre rêve, ne se
concrétisera que grâce à notre volonté
commune et à des moyens financiers
appropriés. Nous devons nous engager à
verser 1% de notre PIB qui s’élèvera à 180
millions de dollars environ, ou au moins
0,05% de notre PIB qui représente 90
millions de dollars US (sur la base d’un PIB
collectif de 1850 milliards de dollars US).
Les plus pauvres d’entre nous pourraient
être dispensés de cette contribution.
Les fonds devront être déposés à la banque,
gérés de façon efficace et de manière
transparente. A cet effet, la BID devra être
en liaison avec le Secrétariat de l’OCI. Il
faudra, pour ce faire, créer un mécanisme
efficace.
Pour finir, je suggère de mandater le Comité
des Eminentes Personnalités pour qu’il
rédige un projet de nouvelle charte de l’OCI
et je propose de donner un nouveau nom à
l’OCI. Ce projet serait soumis au prochain
Sommet pour adoption. Quelle que soit la
déclaration que nous adoptons aujourd’hui,
nous avons beaucoup de travail à faire d’ici
au prochain Sommet prévu au Sénégal. Les
Eminentes Personnalités, les Oulémas et les
Penseurs de la Oummah devront se rencontrer
plusieurs fois pour rédiger la Charte et
choisir un nouveau nom pour l’OCI. Les
Ministres des Affaires Etrangères devront se
réunir plusieurs fois pour adopter leurs
recommandations. Ce ne sera qu’à ce moment-là
que les recommandations seront prêtes pour
être soumises au Sommet pour approbation.
Majesté,
Monsieur le Président, Chers Frères et
Chères Sœurs,
Aujourd’hui nous sommes à un tournant de
l’histoire de notre Organisation. Les
décisions que nous allons prendre pourraient
-nous l’espérons tous– changer le destin de
nos nations et immortaliser ce Sommet.
Ensemble et avec détermination, nous pouvons
faire de ce Sommet de Makkah un moment
décisif de nos nobles aspirations et des
efforts que nous déployons au service de la
Oummah Islamique. En effet, nous sommes à
même de redynamiser notre Organisation pour
la rendre plus efficiente dans la poursuite
de nos objectifs. Le défi est énorme mais
l’échec est exclu.
Puisse Allah nous donner suffisamment de
courage et de sagesse pour qu’ensemble nous
prenions les décisions les plus indiquées.
Je vous remercie tous de votre aimable
attention.
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